Le « curator », le documentaliste à la sauce web

La curation n'est pas un nouveau métier

Curaton : Documentaliste contre Marketeur

J’ai la sensation qu’on fait exprès d’oublier les métiers pré-existants. Ce n’est pas parce qu’on est sur un espace dématérialisé qu’on doit inventer de nouveaux métiers.

L’acte de curation, c’est la sélection, l’organisation et la mise en contexte des contenus…

C’est ce que nous dit Marc Rougier, président co-fondateur de Soop.it, dans le webcast « La curation : tentative de définition » de Techtoc.tv

On se prend beaucoup la tête. On a écrit des livres, on les a multipliés, diffusés et des documentalistes les ont classés et sélectionnés pour les diffuser dans un espace comme une médiathèque, une bibliothèque, etc.

Le lieu et les outils sont différents, mais les compétences préexistent déjà. Le problème, c’est que les formations ne sont encore à l’heure du web et une bonne partie des aspirant(e)s documentalistes se projettent encore pour leurs cinquante prochaines années dans une bibliothèque à faire des tables des nouveautés (en faisant de la « curation », au passage).

J’imagine déjà (si ce n’est pas déjà le cas) des formations spécialisées sur la « curation » du type « Devenir un curator en 5 jours », alors qu’il existe déjà des personnes compétentes qui doivent juste prendre en main les outils web. (Utopie ?)

Ce qui est bien avec les grands pontes du « webmarketing », c’est qu’ils nous inventent encore un mot, un métier. En gros, ils (re)découvrent le métier d’un autre, inventent leurs règles et s’approprient le marché. Cela au détriment d’une foule de personnes qui font du tri et la sélection d’information depuis des années. C’est comme si l’on vivait dans un monde merveilleux où le Marketing serait un sur-métier suprême et où les autres métiers ne seraient que des sous-métiers. (J’exagère beaucoup.)

Autre problème, surement déjà abordé par beaucoup : La « curation » n’est pas un métier, c’est une compétence.

Le journaliste, le vrai (pas le présentateur télé), fait aussi de la « curation » avant de produire quoique ce soit.

J’oublie peut être un angle, celui de la diffusion des contenus « curatés ». Un « curator » est un diffuseur ? Un « curator » doit sélectionner les informations les plus pertinentes et les diffuser ? La « curation » se situe donc entre la veille et la diffusion ?

En gros, la « curation » c’est faire preuve de bon sens. A croire que le bon sens cela s’apprend.

Les nouveaux métiers du web

Je fais partie de ceux qui pensent que le web et le monde réel ne font qu’un. Oui, le web est réel, il est juste dématérialisé. Cela implique un changement des façons de faire, évidemment. On se situe pour moi dans une mutation des métiers déjà existants plus que dans la création (révolution) de nouveaux métiers étiquetés « web-métiers ». Dans trente ans fera-t-on encore une différenciation entre marketing traditionnel et webmarketing ?

La création de nouveaux métiers, vendu comme des métiers à cinq pattes est mauvais. Faire croire aux personnes non-averties des problématiques du web que l’on peut être à la fois veilleur, rédacteur et animateur n’est, à mon sens, pas une bonne chose.

L’entreprise pense qu’il suffit d’embaucher une seule personne alors qu’elle a besoin de trois profils à temps plein. Bien sûr, c’est une question de point de vue et de contexte. Sur le web c’est récurrent tout est plus relatif que dans le monde « réel ».

Quand 95% de la population sera « connecté », ce que j’ai l’utopie (ou pas) de croire, la masse de travail sera équivalente à celle des interactions « réelles ».

En conclusion, il est important de s’intéresser au « buzz » de la « curation », pour s’informer, pour savoir de quoi on parle et pour suivre les tendances. Je ne suis pas en rejet.

10 réflexions au sujet de « Le « curator », le documentaliste à la sauce web »

  1. Chob

    Effectivement, la mode de faire du neuf avec du vieux frappe encore avec la curation. Documentalistes, journalistes et veilleurs le font depuis des lustres… Cela dit, les agences devraient avoir plus de mal à vendre le concept qu’avec les community managers : j’imagine donc que la curation va non pas disparaître, mais être intégrée aux pratiques et métiers existants.

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  2. 4barbes

    Et non, ce n’est pas une utopie, les documentalistes sont déjà passé peu à peu aux problématiques web. Ca ne se voit pas mais c’est un travail de fond.
    Ils ont des compétences cruciales qui permettent de faire le pont entre deux manières de fonctionner, l’une qui fonctionne de manière hiérarchisée et linéaire, l’autre dynamique et en réseaux
    Car si les moteurs de recherche donnent l’illusion que le savoir est démocratique, qu’on trouve tout sur Internet, difficile de trouver les données pertinentes sur un sujet donné et extraire les informations utiles et stratégiques. Mais pou cela là ou je ne suis pas d’accord avec toi, c’est qu’il faut un minimum de plasticité:
    - savoir comment fonctionne techniquement le web (ce qu’on peut faire/ ce qu’on ne peut pas faire /ce qu’on pourra faire)
    - savoir comment se propage une information (pour évaluer le bruit/du contenu pertinent valide et permanent)
    - savoir comment diffuser cette infromation et la rendre lisible

    3 métiers en 1 comme tu le disais mais qui ne sont pas si loin des tâches d’un documentaliste:
    - savoir la nomenclature des ouvrages (couche technique)
    - être au courant des nouvelles publications et établir une selection cohérente et sensée
    - mettre à disposition et communiquer auprès du public

    Sauce web sans doute mais multimétier déjà fait!

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  3. francois

    Bonjour Jean-Daniel,

    J’ai le sentiment très curieux en lisant votre article d’être assez d’accord avec vous sans pour autant très bien vous comprendre.
    Je m’explique :

    D’abord, je souscris à la définition de Marc Rougier, la curation s’est sélectionner, organiser pour mettre en contexte, donner un sens et partager. Chez Pearltrees (dont je fais partie) on appelle cela « éditer » dans la version française du site.

    Par contre, je ne crois pas qu’il ce soit un nouveau métier, ou plutôt je ne crois pas à l’existence d’une volonté mystérieuse webmarketeuse qui viserait à placer sous un nouveau label des activités déjà existante. Pourquoi réinventer un métier qui existe déjà? Les rédacteurs en chef, les commissaires d’exposition, les veilleurs, les DJ, les documentalistes, les directeurs de programme, font très bien leur travail déjà…

    En fait, je crois que le sujet à propos de la curation est inverse. Il s’agit au contraire de la démocratisation de l’activité. L’objectif d’un service comme pearltrees est de permettre aux internautes de sélectionner, d’organiser et de partager ce qu’ils aiment. L’idée est justement de démocratiser une activité jusque là plutôt élitiste, surtout sur le Web où il est difficile d’organiser les contenus quand on ne maîtrise pas bien l’html.

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  4. Jean

    Je rejoins tout à fait le commentaire de François. L’intérêt dans ce concept de curation, c’est justement d’apporter au grand public une pierre (comprendre: des outils) entre le blog et Twitter.
    On se rend compte qu’il y a trop d’info, et que les machines ne sont pas suffisamment perfectionnées pour le moment pour le filtrer de façon efficace. Donc on peut apporter de la valeur sans créer du contenu (ce qui demande des compétences si on veut bien le faire, et du temps).
    Après, si des agences commencent à vendre ces profils, il s’agit surtout de former les annonceurs pour leur montrer que c’est une fonction qui doit principalement venir directement des membres de la communauté. Avec éventuellement un coup de pouce des CM.

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  5. Jean-Daniel Boutet Auteur de l’article

    @Chob
    Je pense surtout qu’on a trouvé un mot pour décrire quelque chose que l’on fait déjà !

    @4barbes
    Je partage ton point de vue sur les documentalistes. Et effectivement j’ai poussé la chose un peu loin sur les 3 métiers en 1. Mais pour m’expliquer, je dirais qu’avec l’instantanéité et la foule d’information à traiter, il est bon de ne pas être tout seul à faire toute ces tâches. C’est surtout que je pense qu’à l’avenir la quantité d’information à traiter sera toujours plus immense.

    @françois
    Oui, j’ai exagéré le trait sur le « complot des marketeurs ». J’ai une sorte de ressenti implicite.

    Je valide complétement pour la démocratisation de l’activité, merci pour ton commentaire !

    @Jean
    En fait, on démocratiserait d’une certaine façon l’usage de chose comme les flux RSS et l’usage de filtres dans une requête Google pour déterminer une Alerte ? Tous cela dans un outil de curation dédié. J’ai bien suivi ?

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  6. Lolibrarian

    « une bonne partie des aspirant(e)s documentalistes se projettent encore pour leurs cinquante prochaines années dans une bibliothèque à faire des tables des nouveautés »
    …. pas d’accord du tout…
    Faut arrêter avec cette image..je sors la phrase de son contexte peut être, mais la « nouvelle génération » est sortie de sa poussière et se met au web.

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  7. Jean-Daniel Boutet Auteur de l’article

    Oui, justement j’essaye de faire valoir les compétences des documentalistes. Je sais de quoi je parle, j’en ai une à la maison ;)

    Quand je dis « une bonne partie des aspirant(e)s documentalistes », je parle de ce que j’ai observé des camarades de ma documentaliste personnelle. Et c’était du 50/50.

    Bien sûr, cet échantillon n’est certainement représentatif. Ensuite, il faut voir ce que l’on entend par « Se mettre au web ». On a chacun notre réalité relative sur cette expression :)

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  8. Aurélie

    Alors j’avais moi-même publié un billet dans la même veine http://www.tradonline.fr/blog/2011/02/exterminons-le-curator-et-rehabilitons-le-documentaliste/ sauf que je suis en désaccord sur un point mentionné dans cet article « une bonne partie des aspirant(e)s documentalistes se projettent encore pour leurs cinquante prochaines années dans une bibliothèque à faire des tables des nouveautés ». Alors là je demande à voir et je rejoins Lolibrarian, ça me paraît encore une fois du gros cliché sur les documentalistes (la preuve, le mélange avec les bibliothécaires, alors que ces deux activités sont très différentes). Moi en tout cas, je n’ai jamais fait de « tables des nouveautés » – par contre des univers Netvibes où on sélectionnait des flux RSS pertinents sur un sujet, oui.

    Je crois que c’est le drame des documentalistes, ce manque de (re-)connaissance de notre travail et des réalités du métier !

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  9. Ping : Social media by alfieri.olivier - Pearltrees

  10. Ping : Curation by jeromenaif - Pearltrees

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